NUIT PROFONDE
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Texte
Ceux qui furent doués de toutes les vertus
Et léguèrent leur flamme aux amis qu’ils ont eus,
Ne sont jamais sortis de cette nuit profonde :
Ils ont dit quelque fable, et puis, ils se sont tus. COMME LES AUTRES…
Tout homme jeune ou vieux vainement, ici-bas
Court un moment après un but qu’il n’atteint pas.
Mais nul n’a dans ce monde une vie éternelle
Et nous nous en irons, comme d’autres, hélas ! MEKTOUB Dès qu’au cheval des cieux
Dieu permit le départ,
Après l’avoir sellé de tant d’astres épars,
Il fixa d’un seul coup toutes nos destinées, Où donc est mon péché, si telle était ma part ? POURQUOI ?
Celui qui fit un jour et le
Ciel et la
Terre
Veut mettre à tout cœur d’homme un horrible cautère,
Ces lèvres de rubis, ces cheveux parfumés
Pourquoi les jette-t-il ainsi dans la poussière ? NOS CRANES SONT DES BOLS…
Nos crânes sont des bols.
Le souverain
Potier
Dans leur création a trouvé son métier.
Il nous offre, à l’envers, un de ces bols pour vivre
Après l’avoir empli de chagrins tout entier. VŒU Quand l’arbre de ma vie, écroulé dans l’abîme,
Sera rongé, pourri, du pied jusqu’à la cime,
Lors, si de ma poussière on fait jamais un pot,
Qu’on l’emplisse de vin, afin qu’il se ranime ! LE PRÊT Non, je ne suis pas homme à craindre le trépas !
Pour moi, l’autre patrie a même plus d’appas.
Dieu m’a prêté la vie, et l’heure étant venue,
Je lui rendrai mon âme et ne m’en plaindrai pas. VERTIGE Ceux dont l’intelligence a cent chemins ouverts
Pour monter aux plus hauts sommets de l’Univers,
Te cherchent,
Dieu puissant, mais tous, comme le ciel,
Errent, pris de vertige et la tête à l’envers. SUPRÊME CONFIDENCE Je veux t’apprendre, amie, un étrange mystère.
Mais je vais te le dire en deux mots et me taire. J’entrerai dans la tombe avec un doux amour,
Pour lui, je sortirai du fin fond de la terre. IGNORANCE Je suis venu ; le
Monde en fut-il moins mauvais ?
Mon départ double-t-il
Sa gloire ?
Je ne sais.
Mes oreilles jamais n’ont appris de personne
Pourquoi j’étais venu, ni pourquoi je m’en vais. NUL N’EN REVIENT… Hélas ! un beau trésor nous glisse entre les doigts. Déjà la mort emplit nos cœurs de mille effrois.
Et nul de l’Au-Delà ne revient pour nous dire.
Ce qu’y font les nombreux voyageurs d’autrefois. JEUNESSE Le livre des beaux jours, hélas ! finit trop vite. Déjà le doux printemps d’allégresse nous quitte.
Cet oiseau de gaîté dont
Jeunesse est le nom,
Je ne sais quand il vint, ni quand il prit la fuite. ÉPOUSAILLES Buvant dans une coupe énorme, sans pareille,
Je me croirai très riche en vidant la bouteille,
Alors, répudiant la
Raison et la
Foi, J’épouserai la fille exquise de la treille !
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- Omar Khayyam (author)
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Les Rubáiyát (French edition); translation rights may apply. · Research file: data/documents/Les Rubayat - Omar Khayyam.pdf
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Observation source: NUIT PROFONDE (pdf-poem-split-v1)